Impact mémoire

La CFS - " Continuous Flash Suppression "
Ces mécanismes non conscients qui agissent sur notre pensée et nos actions
Dans le domaine des études sur la pensée et le fonctionnement de notre cognition, il est évident, depuis toujours, que le détail de nos activités mentales échappe à notre seule introspection. Réfléchir simplement à ses propres activités mentales pour tenter d’en percevoir les mécanismes sous-jacents n’a jamais fait avancer la science. C’est au contraire grâce à l’utilisation d’expériences scientifiques et de paradigmes originaux que l’on a pu découvrir progressivement les secrets de notre pensée.
On a ainsi pu mieux comprendre, par exemple, les mécanismes par lesquels nous reconnaissons et dénommons des objets perçus visuellement et ceux par lesquels nous nous souvenons de ce que nous avons perçu. Aujourd’hui, l’étude scientifique de notre fonctionnement mental a franchi une nouvelle étape : des travaux issus de différentes disciplines des Sciences Cognitives ont montré que notre pensée et notre comportement pouvaient être modulés par des informations que nous ne percevons pas ; plus exactement par des informations que nous ne percevons pas consciemment, mais auxquelles notre cerveau répond.
Tout n’est toutefois pas nouveau dans ce domaine. Depuis quelques décennies déjà, le célèbre neuropsychologue Larry Weiskrantz avait montré que des patients devenus aveugles suite à une lésion touchant le cortex strié (les aires visuelles), étaient néanmoins capables de pointer correctement dans la direction d’un objet pénétrant dans leur champ de vision. Plus récemment, des travaux chez l’individu sain utilisant des techniques de neuroimagerie fonctionnelle ont montré que l’amygdale, une région du cerveau impliquée dans le traitement d’informations de nature émotionnelle, s’activait suite à la présentation de visages exprimant une émotion, même lorsque ces visages étaient présentés de telle façon (temps très court et précédés et suivis d’un visage à expression neutre) qu’il n’était pas possible de les percevoir consciemment.
En 2005, Naotsugu Tsuchiya, venant juste de soutenir une thèse en psychophysique visuelle à Caltech, a mis au point une nouvelle technique, la « Continuous Flash Suppression » (CFS), permettant de rendre une image invisible en la dissimulant à notre perception consciente. Pourtant, certaines parties de notre cerveau ont accès à l’information présentée, ce qui peut moduler notre comportement et nos prises de décisions. Cette technique consiste à séparer un écran d’ordinateur en deux parties et de limiter la vision de la partie droite à l’œil droit et de la partie gauche à l’œil gauche. L’image que l’on veut rendre « invisible » est présentée d’un côté, alors que des ensembles de rectangles colorés, rappelant des dessins de Mondrian, sont présentés rapidement et de façon successive de l’autre côté. En maintenant les deux yeux ouverts, un phénomène de rivalité binoculaire apparaît qui limite la perception consciente à la succession des petits rectangles colorés, la présence de l’image n’étant pas du tout remarquée par l’individu testé. Ce qui est particulièrement intéressant est que cette technique, contrairement à d’autres, permet de présenter une image pendant plusieurs secondes, voire dizaines de secondes, sans qu’une personne ne s’en aperçoive.
Bien entendu, la technique de CFS n’a aucune application directe dans le monde de la publicité. Il s’agit d’une technique qui ne peut être mise en œuvre qu’à des fins de recherche, dans des situations expérimentales parfaitement contrôlées. Néanmoins, elle offre une nouvelle voie d’étude des processus visuels non conscients et plusieurs travaux récents l’ont utilisée. Certains d’entre eux, utilisant des images de nus féminins ou masculins, ont même permis de déterminer les préférences sexuelles de participants volontaires pour des corps de femmes ou d’hommes, sans que ces participants ne se soient aperçus que des corps nus leur étaient présentés. Outre cette expérience, quelque peu anecdotique, les travaux dans ce domaine confirment que notre cerveau traite des informations perceptives dont nous n’avons pas conscience et que la bonne compréhension de notre comportement et de nos décisions nécessite la prise en compte de tels mécanismes.
Pour en savoir plus
Si vous souhaitez en savoir plus sur cette technique et voir quelques exemples de stimuli utilisés, rendez-vous sur : http://www.klab.caltech.edu/ naotsu/CFSdemo.html